V2V TRIP

Du vignoble du Jurançon aux vignobles de la Californie, traversée d'un océan en cargo et d'un continent en vélo. From Jurançon vineyard to Napa Valley vineyard, through the Atlantic ocean by cargo ship and from New York to San Francisco by bicycle.

From Salinas (California)
July 20th

Pour la première fois depuis le départ de New York, la balise rouge de Google Earth Map est restée immobile plus de deux jours. Elle est bloquée à SALINAS par deux grands cœurs, Brenda et Ray. Reprenons le fil des évènements.

Les "coteaux"

Pour éviter la freeway 101 qui relie PASO ROBLES à KING CITY, j'ai le choix entre deux back roads (routes secondaires): l'une à l'est par les “Cholame Hills (collines de CHOLAME) que j'ai traversées avant d'arriver à PASO ROBLES, l'autre à l'ouest par les “Coast Ranges (la chaîne cotière) qui séparent la vallée de SALINAS de l'océan Pacifique. L'itinéraire ouest étant composé de county roads (routes de conté) clairement numérotées, je choisis la deuxième option. L'informatrice du visitor center me confirme que c'est une jolie route de collines, pas une route de montagne, avis que j'enregistre avec "des pincettes". Je ne m'attends pas à du facile.

Et ça commence mal. D'abord, mon pneu arrière étant à plat, je m'échine une demi-heure à regonfler à cause d'un problème de valve tordue. Ensuite, les premiers miles confirment mes doutes: l'itinéraire est extrêmement technique, toujours en montée ou en descente, et je suis obligé de changer incessamment de braquet. Il exige concentration en raison d'un important trafic touristique en ce samedi matin, de nombreuses voitures lestées de remorques à bateaux prenant la direction des lacs vers lesquels je monte. Bientôt la pente, globalement ascendante, devient très forte, jusqu'à ce que, sur un demi-mile, j'affronte un 12% carabiné. Tous ces efforts pour reperdre très vite de l'altitude et recommencer à monter. Dans ces cas là, je ne passe jamais en force. Si la difficulté persiste loin dans l'étape, je me dois de conserver des forces. Autant vous dire que j'avance donc très, très lentement.

Cette première partie de la route traverse un paysage de vignobles qui me fait beaucoup penser aux coteaux de Jurançon. A l'approche du lac Nacimiento, le décor devient montagneux. Ça monte encore après la pointe du lac que je traverse sur un barrage. J'atteins l'altitude de 1440 pieds. Ce n'est pas très haut, à peine 430m, mais au moment où je pense pouvoir profiter d'une route de crête, patatras! Une descente impressionnante me ramène illico à 790 pieds. Pendant le replat, je me demande à quelle sauce je vais être mangé pour la suite. A aucune! la route ne remonte plus et quand j'arrive à LOCKWOOD, à midi, c'est pour constater grâce à un panneau routier qu'il ne me reste plus que 24 miles jusqu'à l'arrivée. Je consacre très peu de temps au repas puisque le village, au carrefour de quatre routes est constitué en tout et pour tout d'un grocery store (une épicerie), très mal achalandée. Je mange un biscuit, un fruit, je bois et ça repart. Sur les 10 derniers miles de l'étape, la route remonte insensiblement jusqu'au passage d'un petit col, avant de s'effondrer vers KING CITY. Mais je dois livrer une heure de bataille contre le vent du nord qui s'est levé à13H30 et forcit nettement après 14H. Comme toujours dans ces combats difficiles de fin d'étape, je pense à ceux que la maladie force à d'autres luttes, d'une toute autre nature que les miennes.

Après installation au motel "Courtesy Inn", repas de midi à côté, au “Coffee Shoppe, à... 15H30, douche et lessive, je m'en vais visiter le centre-ville. Je suis surpris par la comparaison entre PASO ROBLES, ville très américaine avec un nom hispanique, et KING CITY, cité totalement sud-américaine malgré son nom anglais. Au retour dans Main street (rue principale, grande rue), comme je vais vers le sud, je peux apprécier la nature du vent que j'ai affronté: je donne le premier coup de pédales et je me retrouve tranquillement 1,5 mile plus loin sans avoir donné le second!

Je téléphone comme convenu à Raymond Dick et Brenda: ils sont rentrés de vacances et m'attendent pour le lendemain.

L'hélicoptère

Pour les mêmes raisons que la veille, j'ai prévu de remonter la vallée de SALINAS sur les back roads (routes secondaires). Le début de l'étape est un gentle rolling (doux vallonnement), jusqu'à ce que je traverse la vallée a GREENFIELD où je croise un cycliste. L'homme me confirme que la route est facile mais, me dit-il, ne perdez pas de temps parce que le vent du nord souffle l'après-midi. Tiens, tiens, mon infortune d'hier n'était donc pas due au hasard mais à un phénomène météo bien connu des gens du coin. Subséquemment, nous allons bon train. Hélas, Éole n'a pas prévu de faire la grasse matinée en ce dimanche. Il se lève à 11H30. Mon cher et vieil ennemi, nous voici de nouveau face à face (cette réécriture de la phrase de Charles de Gaulle, "mon cher et vieux pays, nous voici de nouveau face à face", est plus particulièrement destinée à mon filleul et neveu Fred, que je sais très intéressé par la carrière du Général).

Red Dog me fait traverser une immense étendue de cultures potagères. Il faut vous dire que la vallée de SALINAS, déjà large de 12 miles (20km) à GREENFIELD la bien-nommée, va en s'évasant vers le nord. Vous comprendrez pourquoi, tout en étant intéressés, nous ne soyons pas extrêmement surpris d'apercevoir devant nous un hélicoptère déversant du produit sur une parcelle grande comme une dizaine de terrains de foot. Nous nous arrêtons, afin de préserver toutes nos chances au contrôle anti-dopage, et ne repartons que lorsque l'engin se pose pour recharger les réservoirs.

15 Del Rey Circle

Peut-être aurions-nous dû réfléchir davantage et nous laisser brumiser par le produit (revitalisant?) parce que c'est très fatigués à cause du vent que nous parvenons à 15H à Spreckels, quartier de SALINAS. Bloqué par la freeway 68, je dois contacter Brenda et Ray (Raymond) qui n'habitent en fait qu'à 3 miles du lieu de rendez-vous. C'est donc très vite que je me retrouve at home (à la maison). Un repas frais m'attend sur la table: salade, jambons (deux sortes), melon. Comme je n'ai rien mangé depuis le breakfast, je le déguste avec appétit, tout en reprenant contact avec mes hôtes. Je vous rappelle brièvement que j'ai rencontré Brenda et Ray à COTTONWOOD FALLS, dans le Kansas. Ils rentraient dans un restaurant d'o% je sortais. Sur le pas de la porte, nous avons causé 10 minutes. Ils m'ont spontanément invités à séjourner chez eux à la fin de la traversée, si j'en avais le temps.

Puis je suis installé dans la chambre d'amis où je prends la douche. "An other man", un autre homme, me dit Brenda avec son accueillant sourire, quand j'en sors. Pour la soirée, il est prévu un repas mexicain avec deux couples d'amis, des cyclistes. Même si leurs vélos n'ont pas servis depuis quelque temps, Brenda et Ray sont eux-mêmes des amateurs de plein air, marche et randonnée. Ils reviennent d'ailleurs de la Sierra Nevada. Ray a été dans sa jeunesse un champion de course a pied.

Belinda et Dave, Kande et Rob, arrivent peu après, apportant chacun une partie du repas. Brenda a cuisiné le poulet en sauce. Tout est délicieux et la tablée est extrêmement sympathique. Ça ne gâte rien à l'affaire, j'arrive à comprendre à peu près tout ce qui se dit. Je suis très intéressé par les explications de Belinda concernant le phénomène de vent du nord dans la vallée, dû essentiellement à une différence de température, très élevée à KING CITY, beaucoup plus fraîche au nord de SALINAS en raison de la proximité des eaux froides du Pacifique. Au total, le repas qui devait s'achever tôt, vers 20H30, en raison des occupations de Belinda et Dave, se termine peu avant 23H.

Le tracteur et le GPS

Lundi. Après un excellent et complet breakfast, Ray se propose de me montrer une partie de son activité professionnelle. Il travaille pour une grosse compagnie de légumes surgelés. Son job consiste à organiser et contrôler les cultures sur l'ensemble de la saison. Nous partons donc avec le gros pick-up de la société que Ray utilise pour accéder aux champs. Nous redescendons la vallée de SALINAS que j'ai remontée la veille en vélo, mais cette fois par la freeway 101. Nous nous rendons dans un champ de choux-fleurs où la récolte bat son plein. Les ouvriers agricoles mexicains, dont certains sont clandestins, cueillent les légumes et dans un incessant va et vient courbé/debout du corps les lancent sur un tapis roulant. J'imagine la difficulté physique de ce travail payé 7 ou 8 $ de l'heure. Mis en conteneurs et transportés par l'une des trois remorques qui assurent les rotations vers les camions garés à l'entrée du champ, les légumes ne resteront pas longtemps sur place! Ray en mesure quelques spécimens, pour vérifier qu'ils font "la passe".

Après quoi, Raymond m'amène sur un autre champ où un tracteur laboure. Nous sommes à un bout des sillons. Mais le champ est trop vaste pour en distinguer l'autre bout. J'admire la rectitude absolue du labour. Il y a un truc me dit Ray: regardez l'antenne sur le tracteur et regardez le conducteur; il ne conduit pas, il consulte un écran. Le tracteur est télécommandé par la liaison satellite et le système GPS. Ah, ouais, OK! Comme ça, je comprends!

La vallée de SALINAS est une très grande région de production de légumes. Sur l'ensemble du territoire des US, the Monterey County est le leader en tonnage dans treize variétés de légumes. L'importance de cette zone de production est symbolisée par des personnages géants à l'entrée d'un champ, près de la freeway 68.

Nous retrouvons au restaurant un collègue de Ray et le fils de celui-ci. Le jeune est une "tête". Artiste, très doué dans les études, il se prépare à partir à... Angers pour perfectionner son Français. Nous déjeunons. Je choisis une excellente Cypress salad (mix de salade et de pommes, mandarines, raisins, melons), assaisonnée de vinaigrette aux fruits rouges. Ça se laisse manger, quand il fait bien chaud.

Angous in California (Angous en Californie)

Histoire de digérer, nous nous dirigeons vers une parcelle en bordure de vallée, couverte de jeunes plants de vigne. Avec son pick-up, Ray cherche un peu, se perd, se retrouve. Nous finissons par apercevoir deux hommes courbés sur le travail. L'un d'eux est le boss (le patron). Quand il aperçoit Ray, séance tenante, il laisse tomber la vigne pour rejoindre son propre camion. Très vite, nous nous retrouvons dans la cave de Neil Bassetti pour déguster un Cabernet de derrière les fagots. Très avenant, Neil a l'air d'être une forte personnalité. Il me pose, par exemple, des questions très précises sur le voyage, différentes de celles auxquelles je dois répondre habituellement. Neil est Suisse-Italien (il tient absolument à la Suisse). Sa jolie femme est au bord de la piscine avec enfants et petits enfants. Elle se prénomme Adrienne, une sonorité très française. Son origine ne l'est pas moins. Les grands-parents d'Adrienne sont d'Angous, au sud de Pau, me dit-elle. Il me semble que c'est plutôt du côté de Navarrenx. Mais vu de si loin, nous ne sommes pas à un tel détail près. Moi qui était censé rencontrer des Basques en Californie, voilà que je tombe sur une Béarnaise. Diu vivan!

York School

Mardi. Cette fois, c'est avec le job de Brenda que je prends contact. Brenda est professeur d'Histoire et assistant-manager (directeur-adjoint) dans une high school privée. La high school est l'équivalent américain du lycée français. Celle-ci s'appelle“York School. Le niveau de l'école est excellent, mais il faut payer pour y étudier, l'école ne recevant aucune subvention publique. Elle est située au sommet d'une colline et constituée de petits bâtiments séparés les uns des autres à tel point que quand on y arrive on se croit plutôt à l'entrée d'un lotissement que d'une école. Pendant que Brenda vaque à ses affaires, je visite avec Ray la bibliothèque et la chapelle.

Pacific Ocean

Après quoi, grand moment, nous prenons la route de la côte du Pacifique. C'est donc en voiture que j'atteins l'autre rive du continent. Rassurez-vous, Red Dog ne perd rien pour attendre. Voici, au détour d'un virage une plage blonde et le bleu de l'océan. Il manquerait quelque chose au tableau sans une lande fleurie de jaune toute proche. L'endroit ressemble un peu à la plage de Bidart (je dis ça pour les "sud-ouest"). La différence essentielle c'est qu'il n'y a sur la plage pratiquement personne, à 11H du matin, et surtout aucun baigneur. Et oui, l'eau est ici un tantinet froide, de 13 a 15 degrés en été.

“Big Sur”

Après la séance photos obligatoire, nous partons pour Big Sur. Personne ne m'en voudra, je pense, si je me tourne un instant vers Ch.G. à qui je voudrais exprimer toute ma sympathie et que je remercie pour son intrusion dans le blog, aussi aimable que son permanent visage souriant dans les relations professionnelles. Ses avis ont été lus avec beaucoup d'attention. Sa recommandation essentielle portant sur cette partie de la côte Pacifique, je lui dis que j'ai pensé à lui à ce moment là, et pour les heures qui vont suivre j'assure tout le monde que Big Sur est bien la merveille annoncée. Découvrir plusieurs de ses aspects avec le couple magnifique qui me guide est la cerise sur le gâteau. L'ensemble fera de cette journée un moment du voyage que je placerai au niveau de Arches, Monument Valley, où Mojave desert. Mais revenons au récit.

CBS News: l'interview

Pour l'heure, nous descendons la côte en marquant de nombreux arrêts tant on ne résiste pas à une telle beauté. A un moment, nous arrivons sur un parking où est installée une caméra de TV. C'est CBS News qui prépare un reportage sur la côte. Et ce qui devait arriver arrive. Je me retrouve face à la caméra (je vous avais prévenus que ça finirait comme ça!). Le Français parle à l'Amérique et lui dit ce qu'il trouve de beau dans Big Sur. Et bien, je vais vous le dire. Il y a peu de plages sur cette côte, beaucoup de falaises, et la montagne avec toute sa végétation qui plonge dans l'océan. Les arbres sont des redwood trees, c'est-a-dire des séquoias qui étalent leur majesté. Les talus qui bordent la route sont couverts de tapis de fleurs, je dis bien de tapis, et quand vous verrez les photos vous comprendrez ce que ça veut dire: rouge, orange, bleu, jaune, gris-bleu. Il y a aussi une route, impressionnante, taillée dans le roc, toute en longues pentes, qui franchit les ravins en équilibre sur des ponts de longue portée.

“Nepenthe Restaurant”

A force de flâner, nous arrivons assez tard au restaurant. A vrai dire, le temps ne compte plus, nous en avons totalement perdu la notion. Le Nepenthe Restaurant est bâti au bord de la falaise, à 800 pieds au-dessus de l'eau (240m). La vue est si belle que les consommateurs mangent sur une double rangée de bars au bord du vide. Il y a aussi quelques tables, tout aussi proches de la nature, où nous nous assoirons après 1/2 heure d'attente. Le bâtiment, fait de redwood trees et de pisé, date de 1925, mais c'est une femme, Lolly Fassett, qui l'a en 1947 transformé en restaurant au motif que "no individual can own it, it belongs to everyone" (aucun individu ne peut le posséder, il appartient à chacun). L'accueil du personnel est charmant, les plats savoureux et colorés et à la portée de toutes les bourses.

Sea lions and Waterfall

Dans l'après-midi, nous continuons vers le sud en reprenant notre route scandée par des stops. L'un d'eux nous permet de voir et d'entendre des sea lions (otaries) juchés sur les rochers en contre-bas. Pour finir, nous nous arrêtons à Julia Pfeiffer State Park où une courte marche sur un sentier audacieux nous permet d'admirer longuement une waterfall naturelle (chute d'eau), toujours au milieu d'une étonnante végétation. En remontant vers le nord (il faut bien revenir!), nous aurons encore le plaisir de parcourir une forêt de séquoias, un espace magique d'ombre et de lumière où, au milieu, coule une rivière. Dans le sunset (soleil couchant), le soleil nous offrira sa lumière argentée sur les landes naturellement fleuries et sur les ouvrages d'art édifiés par les hommes, notamment le Bixby Bridge que le cinéma a très souvent utilisé.

J'aurai encore à vous raconter la fin de mon séjour à SALINAS et à vous envoyer les photos. J'aurai aussi à vous parler de Brenda et Ray, mais je le ferai après les avoir quittés. J'ai peur de heurter leur modestie.

So far, so good? yes!




3 Comments:

Anonymous bearnais au vent said...

Le feuilleton sympa reprend et notre plaisir avec lui. Te voila a la jonction annoncée de V to V avant celle plus conviviale (pour ne pas dire plus) de H to B. Ce voyage si dense en efforts et fructueux en regards neufs comme en chaleur humaine (chacune de tes rencontres) nous rend humbles par rapport à notre quotidien et épanouis par procuration. C'est étonnant de penetrer ainsi dans la vie concrete des americains et de detecter les qualites et les potentiels. Sans compter la diversite et la plus-value des origines de chacun. Bravo pour ces leçons d'humanite. Tonton Didier

12:49 PM  
Anonymous Jacques de Sendets said...

Nous ne nous lassons pas de tes vagabondages quotidiens. Après CBS news, il me semble que la radio VDB (Voix du Béarn), un peu moins riche, saura te convaincre pour transmettre " ces leçons d'humanité" chères à tonton Didier. A +.
Tonton Jacques.

7:22 AM  
Anonymous MAMIJO said...

A mon retour d'Irlande j'étais impatiente de lire la suite de ton récit et je ne suis pas déçue ! On ne se lasse pas de te lire et te relire. Quelles photos magnifiques mais surtout quel courage bien récompensé je n'en doute pas par toutes les rencontres que tu fais. La fin du voyage approche, savoure les derniers jours, Hélène sera bientôt là et je vous souhaite de belles vacances à tous les deux. Nous espérons tous qu'il y aura une suite, des commentaires supplémentaires que tu n'as pas pu nous donner et que nous attendons tous. A bientôt chez nous dans le Sud-Ouest et merci de nous avoir si bien intéressés à ton voyage.

2:35 PM  

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